Château de Chaux-des-Crotenay

2015

Résumé

La fouille réalisée sur l’escarpe montre encore une fois le potentiel archéologique de ce site. Après la découverte d’un pont courbe enjambant le fossé et un matériel peu commun, de la porcelaine de Chine de la fin du XVe siècle notamment, l’entrée sur la plateforme du château primitif se fait par une porterie dont l’architecture peut être partiellement restituée par les nombreux blocs de très grande taille mis au jour depuis 2013. La physionomie du front d’entrée en général et de la porterie en particulier peut aussi être considérée en raison de la conservation des maçonneries. Ce bâtiment trapézoïdal contient en soubassement une fosse, soit la présence d’un pont-levis à bascule. Le démantèlement de 1691 puis l’érosion naturelle du site ont altéré quelque peu les vestiges mais les maçonneries trahissent encore parfaitement ce modèle de pont inédit en Franche-Comté et peu commun sur le territoire national. Le type de tablier peut aussi être restitué s’accommodant avec les diverses mesures de l’implantation de la première pile orientale, la largeur de porte et son encadrement — considérés avec les blocs — et les dimensions de la fosse. Ainsi, si le mécanisme exact de basculement ne peut être assuré, l’arrière-pont plus court que l’avant-pont impose la présence d’un contrepoids ou d’un treuil aux étages — un emplacement en soubassement est écarté. L’existence de flèches semble exclue en raison de la largeur de la façade comportant deux échauguettes comme le prouvent plusieurs blocs cintrés découverts, épousant le plan trapézoïdal. Une seule porte charretière est aussi envisagée — large de ±2,55 m —, défendue par un pont-levis à bascule, deux échauguettes ainsi qu’un mâchicoulis sommital. Cette défense est aussi renforcée par deux chambres de tir latérales indépendantes placées au nord et au sud. D’un plan longiligne, elles sont situées entre deux maçonneries, la courtine surplombant le fossé à l’ouest et un mur intérieur de ±2,40 m à l’est. Le front d’entrée de part et d’autre de la porterie mesure ±5,35 m d’épaisseur ce qui n’a pas d’équivalence régionale. La fouille de la chambre septentrionale a mis au jour une pièce longiligne ouverte accessible par une ouverture biaise (hagioscope), donnant peut-être sur la cour haute. Son sol est formé par plusieurs comblements peut-être recouverts par des dalles comme le laissent à penser les lambeaux d’enduits muraux encore en place. La poursuite de la fouille vers le nord apportera un éclairage nouveau sur cet extraordinaire front d’entrée.

Le pont-levis à bascule

Les divers calculs réalisés avec les informations à disposition considèrent un tablier de pont qui est d’une largeur comprise entre ±2,55 et ±2,95 m pour une longueur de l’avant pont de ±3,36 à ±3,56 m et d’un arrière-pont inférieur à ±2,31 m à la rotule. La longueur totale du tablier pourrait donc avoisiner les ±5,87 m au maximum. Un déséquilibre certain est ainsi perceptible entre l’avant de l’arrière-pont [fig. 3.6.2-1]. Un dispositif de contrepoids est dès lors assuré afin de mouvoir aisément le tablier et se mettre en sécurité derrière — complété par deux portes internes attachées. Le mode constructif d’un tel ouvrage est donc considéré dès la pose de la première pierre. Comme évoqué à plusieurs reprises, l’existence de flèches est jusque-là écartée en raison de la présence de la fosse — et l’indigence de blocs taillés pour les réservations des flèches. La façade est en outre déjà affublée de plusieurs appendices ou édicules comme les échauguettes et les mâchicoulis sommitaux. Ces deux types d’appendice ne sont pas compatibles avec des flèches. La façade sera ainsi de nouveau fragilisée par les deux échancrures. Un pont à bascule est dès lors privilégié. En revanche, le type du mécanisme reste en suspens en raison de l’indigence des traces et des artefacts archéologiques. Les divers calculs évoqués précédemment permettent de considérer un avant pont plus long que l’arrière-pont ce qui impose l’existence ou la présence d’un contrepoids ou d’un mécanisme permettant de soulager la différence pondérale et son insuffisance sur l’arrière-pont. Dans les techniques établies pour les ponts-levis à bascule, deux modèles techniquement très différents sont constatés sur le territoire national et à ses marges : le contrepoids sur l’arrière-pont et le treuil. Le choix de l’un ou l’outre des modèles donne ici les limites des indices et des interprétations archéologiques possibles sur le site. Les élévations et les artefacts ne permettent pas d’établir quel type était en place à Chaux-des-Crotenay. Dans les deux cas, les installations sont compatibles avec la volumétrie de la fosse. Seul le treuil ne peut qu’être installé que dans la fosse comme illustré par Viollet-le-Duc.