Château de Chaux-des-Crotenay

2018

L’opération 2018 permet de préciser plusieurs éléments non identifiés durant la fouille 2017 (Guyot 2017) et d’établir des repères absolus par deux datations radiocarbones qui complètent les deux mesures effectuées en 2016 puis les deux en 2015.

Les données concernent donc exclusivement l’espace 8, ses niveaux de circulations successifs, en particulier les trois plus récents, et l’évolution des maçonneries.

Les maçonneries présentent une forte mutation durant l’usage de l’espace 8, c’est-à-dire entre la fin du XIIe siècle et 1674, au plus tard en 1691 lors du démantèlement. Nous ne revenons pas sur l’élévation du MUR 26 — sur le flanc ouest — dont le phasage constructif n’a pas évolué cette année — voir descriptif de l’opération 2017 (Guyot 2017). Cette maçonnerie occidentale contient ainsi deux cheminées qui se succèdent (CHE 45 et CHE 46) et qui montrent ainsi l’évolution de la salle. La grande cheminée CHE 45 est remplacée par une cheminée plus réduite CHE 46. L’extraction du comblement us 1000 dans la cave laisse en outre présager la présence d’un accès à la tour circulaire nord-ouest, à l’espace 6. Cette possible porte envisagée par l’arrêt de la fourrure — en l’absence de parement nord — dans l’angle nord-ouest de la cave devra être abordée en 2019.

Au sud, le MUR 27, en partie décrit en 2017 (Guyot 2017), laisse paraître une ouverture (OUV 54) perturbée puis obturée. Cette structure s’avère être la porte d’accès primitive de l’espace 8 au niveau 0, probablement depuis la cour avant l’installation de l’avant-corps (espace 9). L’arasement du MUR 48, qui s’inscrit dans une phase d’aménagements importants, engendre la reconstruction du piédroit oriental de la porte et le bouchage du chaînage alors supprimé. La porte sera obturée plus tardivement. Cette transformation de l’aile nord s’accompagne par la construction du MUR 49 contre le parement oriental du MUR 48. La maçonnerie est ainsi seulement déplacée de l’épaisseur du MUR 48. L’intérêt de cette modification structurelle conséquente n’est pas réellement apprécié mais son incidence impact les niveaux de circulation non seulement du niveau 0, tel que l’abandon du plancher SOL 42 au profit de l’installation du second plancher SOL 43, mais aussi des poutraisons des niveaux supérieurs. La suppression et le changement des poutres sont donc inéluctables en raison d’une largeur accrue de l’espace 8 passant de ±5,22 m à ±6,29 m. La surface de l’espace 8 (contemporain du SOL 42) s’accroît vers l’est de l’équivalence de l’épaisseur du MUR 48. Cette interprétation est attestée par le développement des deux niveaux de circulations, en particulier la présence des préparations, respectivement l’us 1032 et l’us 1035. L’implantation des solives des deux planchers (SOL 42 et SOL 43) garantie aussi l’interprétation. L’arasement du MUR 48 et la construction du MUR 49 est ainsi contemporain de l’abandon du plancher SOL 42 pour le second plancher SOL 43. La suppression engendre également une première voûte non décelée en 2017. Tout porte en effet à croire que cette phase de travaux pourrait avoir pour origine l’installation de caves dans l’espace 8 ainsi que l’espace adjacent oriental (espace 10). L’existence d’une voûte conservée dans l’espace 10 en sous-œuvre du MUR 49 est l’un des arguments qui permet de formuler cette hypothèse, confortée par d’autres indices constructifs dont l’interprétation avait été erronée en 2017 (Guyot 2017). La fouille de l’espace 10 — à une date inconnue — permettra de confirmer — ou non — ce postulat. L’étude future du MUR 48 et MUR 49 apparaît donc essentielle pour la compréhension des caves. Dans un tel cas, considérant donc l’existence d’une cave plus précoce (contemporaine du plancher SOL 43), les repères archéologiques et topographiques plaident pour une cave voûtée légèrement surbaissée par rapport à sa remplaçante (contemporaine du SOL 44 ; VOU 55). En l’absence d’indice notable pour identifier parfaitement son tracé et son profil, le repère pourrait être la voûte conservée dans l’espace 11. Cette dernière partiellement visible au travers d’un interstice [fig. 3.1.2-4] entre les deux maçonneries (MUR 48 et MUR 49) se situe à la côte altimétrique restituée de ±804,33 m contre ±804,54 m pour la voûte

VOU 55 (SOL 43, altitude inférieure : ±804,48 m et SOL 44, altitude moyenne : ±804,754 m). L’examen du sous-sol non atteint de la cave dans l’espace 8 et l’étude fine de l’élévation occidentale du MUR 48 permettra peut-être de conforter l’interprétation constructive. En ce qui concerne cette phase de travaux, les datations émises par les multiples mesures par le radiocarbone attestent d’une occupation assurée pour l’usage du plancher SOL 43 autour de la première moitié du XVe siècle sans omettre l’extrême fin du XIVe siècle (63,6 % de probabilité entre 1300 et 1369 cal AD — 650-581 cal BP — et à 31,8 % de probabilité entre 1380 et 1418 cal AD — 570-532 Cal BP — ; le pic maximum de probabilité est fixé à l’année 1437, corrigé à l’année 1447 avec le 13C).

Ces vastes travaux permettent de mieux circonscrire les occupations antérieures en particulier l’état structurel contemporain de l’installation et de l’usage du premier plancher SOL 42. Ainsi, la datation des abattages des bois, et notamment des solives (us 42001) et des planches (us 42002), constituant le plancher, est fixée par deux mesures par le radiocarbone. Leur résultante permet de considérer une période dans le courant de la seconde moitié du XIVe siècle et la première moitié du
XVe siècle. Les données collectées avec les transformations liées au SOL 43 fixent l’état des maçonneries et de l’espace 8 dans sa globalité. Ainsi, l’implantation des solives du plancher prouve que la salle s’interrompt au parement occidental du MUR 48 et non au MUR 49 comme avec le SOL 43. La pièce au niveau 0 s’avère donc d’une surface plus petite. Outre ces données, les maçonneries ne semblent pas avoir fait l’objet de modification depuis l’installation du premier niveau de circulation, SOL 41. Au nord, la maçonnerie reste inconnue avant le reparementage du MUR 47 (usb 47001). En l’absence de cave, la fenêtre (FEN 51) est absente comme tendent à l’attester les deux mortiers. À l’est, le MUR 48 n’était probablement pas d’une surface d’élévation aussi vaste. Le massif rocheux devait donc être plus long vers le nord. Le percement de la cave dans la seconde moitié du XIVe siècle a donc supprimé toutes traces des fondations et du soubassement du MUR 48 primitif. Au sud, le MUR 27 est donc moins long que la maçonnerie actuelle. Le chaînage entre le MUR 48 et le MUR 27 est encore conservé au piédroit oriental de la porte à arc brisé (OUV 54). L’accès ouvert permet le passage entre le niveau 0 de l’espace 8 et probablement la cour, l’avant-corps (espace 9) étant édifié à partir de 1485. Le reste du parement est donc plein, dépourvu de la porte POR 35 qui est percée durant l’installation de l’avant-corps (espace 9) et de la cage d’escalier adjacente (espace 7). Le MUR 26 comporte déjà sa grande cheminée (CHE 45), conçue durant la construction du MUR 26. Cette installation originelle de la cheminée confirme donc que la construction du MUR 27 est déjà prévue dans le programme constructif du château. Comme le prouve l’absence de chaînage entre les deux maçonneries (MUR 26 et MUR 27), le MUR 27 est érigé dans un second temps Cette réflexion constructive est confirmée par l’épandage du SOL 41 directement sur le remblaiement de nivellement contre le MUR 26. Un temps assez restreint est donc à considérer entre la construction du MUR 26 en un seul tenant, chaîné au MUR 47, et la construction du MUR 27 sur le flanc sud puis l’installation du SOL 41.

Le niveau primitif (SOL 41) est donc l’aboutissement d’un programme de construction du château
— dans l’aile nord — , privilégiant les courtines pour la pérennité de l’occupation et puis les cloisonnements internes de la plateforme, dont l’aile nord et l’espace 8. La datation radiocarbone de la fin du XIIe siècle établie sur un charbon de bois dans la couche de préparation du SOL 41 doit donc être considérée comme un repère pour l’aboutissement de la fondation du château et donc l’amorce de l’occupation du site.
L’installation du SOL 42 conserve en tous points les constructions établies à la fin du XIIe siècle avec le SOL 41. Aucune évolution n’est en effet constatée mais les lourds travaux opérés pour le percement de la première cave, synchrone à l’épandage du SOL 43, engendrent de nombreuses modifications et suppriment sans nul doute des repères.

La reprise de la voûte (VOU 53) à la fin du Moyen Âge est également responsable de la destruction des traces primitives. L’épandage du SOL 44 seulement visible par son niveau de préparation us 1035 scelle définitivement les modifications internes de l’espace 8. Comme évoqué à plusieurs reprises, la restitution des tracées de la voûte en partie conservée (VOU 55) considère la reprise du voûtement antérieur dont aucun indice n’est conservé. Les différences altimétriques ne peuvent en effet correspondre entre la clé de l’intrados (VOU 53) et le SOL 43. La construction d’une seconde voûte

(VOU 53) est donc assurée, d’autant que les relations entre les vestiges observés en 2017 sur le MUR 26 ne peuvent être plus précoces. La motivation de la reconstruction de cette voûte n’est pas identifiée mais les travaux s’intègrent à un programme d’aménagements assez important. Comme le prouve le mobilier, les relations archéologiques du bâti et sédimentaire ainsi qu’une datation radiocarbone effectuée sur le mortier du MUR 10 de la porterie, complétée par l’histoire des successions, le propriétaire du site engage la reprise de plusieurs bâtiments sur ce flanc occidental du château. La porterie est ainsi en partie reconstruite, notamment sa façade surplombant le pont, l’avant-corps et la cage d’escalier sont érigées contre l’aile nord (contre le MUR 27). Ces espaces nouveaux engendrent la modification du plan circulatoire. Des portes sont ainsi percées dans le front d’entrée (OUV 24) et dans l’aile nord (POR 35) alors que d’autres sont obturées (OUV 54). Là aussi, la réflexion constructive est assurée car les niveaux de circulations des trois espaces étudiées depuis 2017 (espaces 7, 9 et 8) sont placés à la même côte altimétrique. La cour fait également l’objet d’une reprise de ses pavés afin de correspondre. L’installation d’un captage de récupération d’eau est aussi prévue. Dans ce présent cas, une canalisation maçonnée (CAN 40) semble récolter l’eau des toitures de la porterie jusqu’à une possible citerne dans la cour (hypothèse à vérifier). Le programme des constructions qui débute vers 1485 est donc le troisième plus important actuellement constaté.

La fouille 2018 prouve que l’archéologie n’est pas une science exacte mais une discipline qui doit engendrer une remise en question à chacune des découvertes. C’est ainsi le cas en 2018 puisque les nouvelles données permettent de revoir plusieurs interprétations, qui lors des découvertes de l’année 2017, étaient plausibles. Les fouilles engagées au château de Chaux- des-Crotenay apportent systématiquement de nouvelles données qui permettent de mieux appréhender le site mais aussi l’évolution des constructions sur le territoire. Le développement des constructions est donc perçu au château. Avec les découvertes effectuées au château de Chevreaux qui montrent la construction préalable de l’enceinte de la plateforme de la cour haute, avant le développement de la basse-cour à son pied, la construction des courtines et du front d’entrée à Chaux-des-Crotenay est maintenant attestée et même datée. La fondation du château s’articule donc dans le courant de la fin du XIIe siècle avec un terminus post quem de la fin des travaux — par l’épandage du SOL 41 — daté autour de l’année 1197 par le pic de probabilité. L’occupation perdurera jusqu’à l’année 1674, sinon 1691.

Les fouilles menées au château permettent d’identifier de nombreux aménagements qui, pour l’espace 8, peuvent être datés assez précocement par les relations stratigraphiques sédimentaires et du bâti. Ces interprétations chronologiques sont ainsi et systématiquement confortées par les datations absolues.